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Guide3 octobre 2026 · 11 min de lecture

Opele, ikin et cauris : les trois outils et ce qu'est chacun d'eux

Opele, ikin et cauris : les trois outils et ce qu'est chacun d'eux

Quiconque commence Ă  Ă©tudier IfĂĄ se heurte vite Ă  trois mots que beaucoup emploient comme s'ils n'en faisaient qu'un : opele, ikin et cauris. Ce n'est pas le cas. Deux d'entre eux sont des instruments d'IfĂĄ, le systĂšme dont s'occupe le babalawo. Le troisiĂšme est l'oracle des orishas, le merindilogun, qui au BrĂ©sil et Ă  Cuba a pris une vie propre dans les maisons de saint. Ce texte dĂ©crit ce qu'est chacun d'eux, sources en main. Il n'enseigne pas Ă  jeter et ne promet aucune lecture : ce que l'on fait de ces objets appartient Ă  ceux qui ont Ă©tĂ© consacrĂ©s pour cela.

IfĂĄ en une phrase

L'anthropologue William Bascom dĂ©finit IfĂĄ comme un systĂšme de divination fondĂ© sur seize figures de base et 256 figures dĂ©rivĂ©es, les Odus, que l'on obtient en manipulant seize noix de palme ou en jetant une chaĂźne (Bascom, Ifa Divination, p. 3). À la mĂȘme page, il note que le systĂšme est aussi pratiquĂ©, sous le nom d'IfĂĄ, par des descendants de Yoruba rĂ©duits en esclavage Ă  Cuba et au BrĂ©sil (p. 3). WĂĄndĂ© AbĂ­mbọ́lĂĄ rappelle que babalawo veut dire, Ă  peu prĂšs, « pĂšre des secrets » (AbĂ­mbọ́lĂĄ, Sixteen Great Poems of IfĂĄ, p. 5). Les instruments de ce pĂšre des secrets sont au nombre de deux : les ikin et l'opele.

Les ikin : les seize noix

Pour Bascom, les seize noix de palme sont les objets les plus importants de toute la divination d'IfĂĄ, dans la consultation comme dans le rituel (Bascom, Ifa Divination, p. 26). Elles viennent du palmier Ă  huile (Elaeis guineensis), et l'arbre qui les donne est appelĂ© « le palmier d'Ifå » (p. 26). Toute noix ne convient pas : seulement celles qui ont quatre « yeux » ou plus, les petites dĂ©pressions de la coque ; celles Ă  trois yeux ne sont pas acceptĂ©es (p. 27). AbĂ­mbọ́lĂĄ dĂ©crit la mĂȘme chose et ajoute que, parmi les instruments du systĂšme, les ikin sont devenus le plus important (AbĂ­mbọ́lĂĄ, p. 12).

Comment les ikin « parlent »-ils ? Dans les grandes lignes, le babalawo tient les noix dans une main et tente de les saisir avec l'autre ; selon ce qui reste, il trace un trait simple ou double. Quatre de ces marques forment l'un des seize signes de base ; huit, sur deux colonnes, forment l'un des 256 Odus (Bascom, Ifa Divination, p. 3 ; AbĂ­mbọ́lĂĄ, pp. 13–14). Nous dĂ©crivons le principe, non la procĂ©dure : les gestes, les priĂšres et ce qui vient avant et aprĂšs relĂšvent de ceux qui ont Ă©tĂ© initiĂ©s.

Les ikin ne sont pas seulement un instrument de consultation. Dans le premier des seize grands poĂšmes rĂ©unis par AbĂ­mbọ́lĂĄ, c'est dans les seize noix qu'Orunmila demeure prĂ©sent aprĂšs avoir quittĂ© la Terre (AbĂ­mbọ́lĂĄ, p. 51). C'est l'histoire que nous lisons dans l'Étude Orunmila, le maĂźtre d'IfĂĄ, et qui est cet orisha, vous le dĂ©couvrirez sur la page d'Orunmila.

L'opĂłn et l'iyerosun

Lorsqu'on consulte avec les ikin, les marques sont tracĂ©es dans une poudre, sur un plateau de bois (Bascom, Ifa Divination, p. 33). Ce plateau, l'opĂłn IfĂĄ, est plat, presque toujours rond, parfois rectangulaire ou en demi-lune, et son bord est en relief, sculptĂ© (p. 34). AbĂ­mbọ́lĂĄ distingue deux types de rĂ©cipients de bois, les plateaux plats et les bols profonds, et dit que les plateaux portent sur leur bord l'image d'Eshu (AbĂ­mbọ́lĂĄ, p. 18).

La poudre rĂ©pandue sur le plateau est l'iyerosun, de couleur jaunĂątre. Les informateurs de Bascom Ă  IfĂ© l'expliquaient comme la poudre de bois que les termites produisent dans l'arbre irosun (Bascom, Ifa Divination, pp. 34–35), et AbĂ­mbọ́lĂĄ dit la mĂȘme chose, en notant que l'on utilise parfois la poudre d'autres arbres (AbĂ­mbọ́lĂĄ, p. 16). JosĂ© Beniste, qui Ă©crit depuis le BrĂ©sil, dĂ©crit l'opĂłn IfĂĄ de la mĂȘme maniĂšre, en bois et avec Eshu sculptĂ© sur le bord (Beniste, Jogo de BĂșzios, p. 66). Qui est cet orisha qui garde le bord du plateau, vous le lirez sur la page d'Eshu.

L'opele : la chaüne

L'opele est une chaĂźne portant huit moitiĂ©s de graines : tenue par le milieu, elle tombe avec quatre moitiĂ©s de chaque cĂŽtĂ© (Bascom, Ifa Divination, p. 3). Chaque moitiĂ© tombe face concave vers le haut ou vers le bas, ce qui vaut un trait simple ou double ; ainsi, un seul jet produit d'un coup l'une des 256 figures (p. 3). Le nom vient de l'arbre ọ̀páșč̀láșč̀, dont la gousse fournit les moitiĂ©s, mais Ă  IfĂ© et Ă  Ilesa la graine la plus estimĂ©e Ă©tait une autre, l'egbere (p. 30). AbĂ­mbọ́lĂĄ ajoute que le fil peut ĂȘtre de mĂ©tal ou de coton et que les moitiĂ©s sont parfois remplacĂ©es par des piĂšces de mĂ©tal (AbĂ­mbọ́lĂĄ, p. 15).

Entre les deux instruments existe une hiĂ©rarchie, et Bascom la consigne avec soin. La chaĂźne « parle davantage » et c'est la plus utilisĂ©e au quotidien, mais elle est tenue pour un instrument infĂ©rieur, moins fiable que les ikin pour les questions importantes ; on l'appelle « serviteur d'Ifå » (Bascom, Ifa Divination, p. 29). Certains devins n'utilisent que la chaĂźne, parce qu'elle mĂšne aux mĂȘmes Odus et aux mĂȘmes versets plus rapidement (p. 29).

Les cauris : le merindilogun

Le troisiĂšme objet relĂšve d'un autre office. Dans Sixteen Cowries, livre entier consacrĂ© au sujet, Bascom dĂ©crit la divination par seize cauris comme un systĂšme des Yoruba et de leurs descendants dans le Nouveau Monde, plus simple qu'IfĂĄ et, au Nigeria, moins prestigieux, mais qui dans les AmĂ©riques est devenu plus important qu'IfĂĄ (Bascom, Sixteen Cowries, p. 3). Il explique cette diffĂ©rence par deux raisons : le systĂšme est liĂ© Ă  des orishas trĂšs populaires, comme Shango, Yemoja et Oshun, et il peut ĂȘtre pratiquĂ© par des hommes et des femmes, alors que le devin d'IfĂĄ, le babalawo, est toujours un homme (p. 3 ; voir aussi p. 21).

Le jet aussi est diffĂ©rent. Les cauris sont lancĂ©s, et l'on compte combien tombent ouverture vers le haut, ce qui donne dix-sept rĂ©sultats possibles, de zĂ©ro Ă  seize (p. 5 ; Bascom, Ifa Divination, p. 11), contre les 256 d'IfĂĄ. Les noms de beaucoup de ces figures sont apparentĂ©s aux noms des Odus d'IfĂĄ (Bascom, Sixteen Cowries, p. 5) ; dans les deux systĂšmes, les figures s'appellent odu et les versets s'appellent ese, et les versets appris par cƓur sont le noyau de l'un comme de l'autre (pp. 21–22). Celui qui jette, dans le Nigeria qu'a Ă©tudiĂ© Bascom, est l'awo olorisa, homme ou femme, et non le babalawo (p. 21). IfĂĄ, pour sa part, est ouvert aux fidĂšles de n'importe quelle divinitĂ©, tandis que les cauris s'emploient surtout dans le culte d'orishas particuliers (Bascom, Ifa Divination, p. 11).

Dans le Nouveau Monde, les noms changent. À Cuba, Bascom consigne le systĂšme sous les noms de dilogĂșn ou los caracoles, probablement le plus important des cultes afro-cubains ; au BrĂ©sil, d'aprĂšs les auteurs qu'il a lus, sous ceux de dologum, edilogum, merindilogum ou simplement « Exu » (Bascom, Sixteen Cowries, p. 4). Dans le candomblĂ© de Bahia dĂ©crit par Roger Bastide, c'est la mĂŁe ou le pai de santo qui consulte l'obĂ­ et, parfois, les cauris (Bastide, O CandomblĂ© da Bahia, p. 66). Pour le contexte, lisez aussi l'histoire du candomblĂ©.

ParentĂ© n'est pas identitĂ©. Dans la prĂ©face de Sixteen Cowries, sans numĂ©ro de page, Bascom parle d'une relation mythologique, peut-ĂȘtre historique et certainement morphologique entre les deux systĂšmes. Pierre Verger va plus loin et parle de systĂšmes de divination « dĂ©rivĂ©s » d'IfĂĄ, parmi lesquels un systĂšme Ă  seize cauris dans lequel c'est Eshu qui donne les rĂ©ponses (Verger, OrixĂĄs, p. 57 du PDF). Les deux lectures restent ici cĂŽte Ă  cĂŽte ; nous n'en choisissons aucune.

Les femmes et IfĂĄ

Dire qu'IfĂĄ est « rĂ©servĂ© aux hommes » ne dĂ©crit pas bien ce que consignent les sources. Ce qu'elles rĂ©servent aux hommes, c'est le sacerdoce de babalawo. Bascom Ă©crit que les fidĂšles d'IfĂĄ comprennent des hommes et des femmes et qu'une femme peut prendre soin des ikin de son pĂšre, mais que seuls des hommes deviennent babalawo (Bascom, Ifa Divination, p. 81) ; il note aussi qu'aucune femme n'entre dans l'alcĂŽve oĂč l'on garde l'odu (p. 82). AbĂ­mbọ́lĂĄ va plus loin : le culte d'IfĂĄ, Ă©crit-il, n'est pas fermĂ©, et des femmes peuvent ĂȘtre initiĂ©es comme prĂȘtresses d'IfĂĄ, bien qu'elles soient peu nombreuses (AbĂ­mbọ́lĂĄ, pp. 7–8).

La femme a aussi une place propre auprĂšs du babalawo. Bascom dĂ©crit la jeune fille que la divination dĂ©signe comme « épouse d'Ifå », destinĂ©e Ă  Ă©pouser un babalawo (Bascom, Ifa Divination, p. 89). Dans la lignĂ©e cubaine, selon David H. Brown, hommes et femmes reçoivent la mano de Orula, qui s'appelle awofakan pour les hommes et ikofĂĄ pour les femmes ; la femme qui reçoit l'ikofĂĄ peut agir comme apetebĂ­, assistante d'Orula (Brown, SanterĂ­a Enthroned, p. 346, note 130). Sur le titre d'IyanifĂĄ et le dĂ©bat entre lignĂ©es Ă  son sujet, nous n'avons rien trouvĂ© dans les ouvrages que nous avons consultĂ©s, et c'est pourquoi nous n'affirmons rien ici.

Et l'obí ?

Un quatriĂšme objet apparaĂźt souvent dans cette conversation : la noix de kola, l'obĂ­, fendue en quatre. Bascom dĂ©crit le jet de quatre quartiers de kola, ou de quatre cauris, comme une mĂ©thode qui ne donne que cinq figures et qui s'emploie Ă  l'intĂ©rieur des cultes (Bascom, Ifa Divination, pp. 10–11). Ce qui la sĂ©pare d'IfĂĄ et des seize cauris, dit-il, c'est qu'elle n'a pas de corpus de versets (p. 11 ; Sixteen Cowries, p. 22).

CĂŽte Ă  cĂŽte

IkinOpeleCauris (merindilogun)
Ce que c'est16 noix de palmier à huilechaßne à 8 moitiés de graines16 cauris
Résultats256 Odus256 Odus17 figures
Qui l'utilise, selon les sourcesbabalawobabalawoawo olorisa ; au BrĂ©sil, mĂŁe et pai de santo
Place dans le systĂšmel'instrument majeur d'IfĂĄle « serviteur d'Ifå », plus rapidel'oracle des cultes d'orisha
OĂč lireBascom, Ifa Divination, pp. 3, 26–27Bascom, Ifa Divination, pp. 3, 29–30Bascom, Sixteen Cowries, pp. 3–5, 21

Et Ifá Wisdom ?

Le site ne jette aucun de ces instruments. L'outil d'étude s'inspire de la logique de l'opele pour présenter un Odu comme thÚme de lecture, et l'Odu du jour est une rotation fixe, non un jet. Les 256 Odus se trouvent dans la bibliothÚque, à commencer par Ogbe, et le principe qui sous-tend la consultation est exposé dans Comment fonctionne la divination d'Ifå. La consultation réelle appartient à la table d'un babalawo.

Ce que nous n'affirmons pas

  • Nous n'enseignons ni Ă  jeter ni Ă  consacrer aucun de ces instruments ; nous dĂ©crivons ce que dĂ©crivent les sources.
  • Nous ne disons pas que les cauris « viennent » d'IfĂĄ. Bascom parle de parentĂ©, Verger de dĂ©rivation, et les deux lectures restent telles quelles.
  • Nous ne disons pas lequel des systĂšmes est le plus ancien : les sources que nous utilisons ne datent ni l'un ni l'autre.
  • Sur les femmes dans IfĂĄ, nous consignons ce qu'ont Ă©crit Bascom, AbĂ­mbọ́lĂĄ et Brown, chacun en son temps et en son lieu ; nous n'examinons ni la pratique de chaque maison aujourd'hui, ni le dĂ©bat sur l'IyanifĂĄ, que ces ouvrages ne traitent pas.
  • Nous ne disons pas que les femmes soient considĂ©rĂ©es comme « plus grandes » dans Ifá : nous n'avons pas trouvĂ© cette affirmation dans les ouvrages que nous avons consultĂ©s.
  • Nous n'avons pas trouvĂ© dans le Tratado EnciclopĂ©dico de IfĂĄ, notre source cubaine, de description des instruments que nous puissions citer avec une page ; c'est pourquoi il n'entre pas dans ce texte.

Questions fréquentes

L'opele et les ikin donnent-ils des rĂ©sultats diffĂ©rents ?

En nombre, non : les deux aboutissent aux mĂȘmes 256 Odus, et Bascom note que la chaĂźne mĂšne aux mĂȘmes versets plus rapidement (Bascom, Ifa Divination, p. 29). La diffĂ©rence tient au poids : les ikin sont l'instrument le plus important ; l'opele, le « serviteur d'Ifå ».

Le jeu de cauris, est-ce Ifá ?

Non. Ce sont des systĂšmes apparentĂ©s, aux figures de noms semblables, mais dont l'instrument, le nombre de figures et le sacerdoce diffĂšrent : 17 figures contre 256, l'awo olorisa (au BrĂ©sil, la mĂŁe ou le pai de santo) d'un cĂŽtĂ© et le babalawo de l'autre (Bascom, Sixteen Cowries, pp. 5, 21).

Ai-je besoin d'un opele pour Ă©tudier les Odus ?

Non. Les sources dĂ©crivent l'opele et les ikin comme des instruments du babalawo, consacrĂ©s Ă  la divination. Pour Ă©tudier, les textes suffisent : les versets, les patakĂ­s et les commentaires que nous avons rĂ©unis dans la bibliothĂšque.


Ce que vous venez de lire s'enracine dans les 256 Odus d'IfĂĄ — le corpus que nous Ă©tudions verset par verset. Lisez-les comme une contemplation : la vĂ©ritable divination appartient Ă  la table d'un babalawo consacrĂ©.

Explorer les Odus d'Ifá →

OpeleIkinCaurisMerindilogunOpĂłn IfĂĄBabalawoIfĂĄBascomAbĂ­mbọ́lĂĄCandomblĂ©

Sources consultées

  • Ifa Divination — William Bascom, pp. 3, 10–11, 26–35, 81–82, 89
  • Sixteen Cowries — William Bascom, pp. 3–5, 21–22
  • Sixteen Great Poems of IfĂĄ — WĂĄndĂ© AbĂ­mbọ́lĂĄ, pp. 5, 7–8, 12–18, 51
  • Jogo de BĂșzios — JosĂ© Beniste, p. 66
  • O CandomblĂ© da Bahia — Roger Bastide, p. 66
  • OrixĂĄs — Pierre Fatumbi Verger, p. 57 du PDF
  • SanterĂ­a Enthroned — David H. Brown, p. 346, nota 130
Voir toutes les sources →

Qui écrit

  • Pablo de Lima (Awofakan)
  • Thaiana de Lima (IkofĂĄ)

Un couple initiĂ© Ă  IfĂĄ dans la lignĂ©e cubaine — Regla de Ocha / IfĂĄ.

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