Consulter Ifá : 20 questions fréquentes, avec les sources

Ceux qui arrivent à Ifá pour la première fois apportent souvent les mêmes questions : qui consulte, avec quoi, combien cela coûte, faut-il raconter son problème, la réponse est-elle l'avenir. Nous en avons réuni vingt. Les réponses viennent presque toutes du livre dans lequel William Bascom décrit la divination d'Ifá à partir d'un travail de terrain en pays yoruba, surtout à Ife (Bascom, Ifa Divination, p. 3), et elles sont croisées avec Wándé Abímbọ́lá, Pierre Verger et Roger Bastide. Là où la source ne répond pas, nous le disons.
Une mise en garde avant de commencer : ce site ne donne pas de consultations. Nous décrivons ce que les sources rapportent de la table du babalawo ; si vous souhaitez être consulté, adressez-vous à un babalawo.
Ce que c'est et qui le fait
1. Qu'est-ce qu'Ifá, en une phrase ?
Bascom ouvre son livre sur une définition sèche : Ifá est un système de divination fondé sur seize figures de base et 256 figures dérivées, les Odus, obtenues avec seize noix de palme ou avec le lancer d'une chaîne de huit demi-coques de graine (Bascom, Ifa Divination, p. 3). À la même page, il rappelle qu'Ifá est aussi honoré comme divinité, avec cérémonies, interdits, chants et initiation, et prévient que ce versant du culte n'est pas le sujet du livre.
2. Qui conduit la consultation ?
Le babalawo. Bascom rapporte que les devins d'Ifá sont appelés babalawo, « le père a des secrets », ou simplement awo ; qu'ils sont aussi les prêtres d'Ifá ; et qu'ils servent aussi bien ceux qui honorent Ifá que ceux qui honorent d'autres divinités (p. 81). Tous passent par deux initiations, et l'apprentissage se poursuit jusqu'à ce que le maître libère l'élève (p. 81). Verger ajoute un trait qui distingue ce sacerdoce de celui des orishas : l'initiation du babalawo n'implique pas de perte momentanée de conscience ; c'est un long apprentissage de mémoire (Verger, Orixás, p. 56).
3. Et qui est Orunmila ?
C'est la divinité qui préside à Ifá ; Bascom rapporte qu'Orunmila est aussi appelé Ifá (Bascom, Sixteen Cowries, p. 21). Verger écrit que, dans la tradition d'Ife, il fut le premier compagnon et conseiller d'Odudua et qu'on l'appelle le témoin du destin des personnes (Verger, Orixás, p. 56). Nous en disons davantage dans l'Étude Orunmila, le maître d'Ifá.
4. Ifá, est-ce la même chose que la divination par les cauris ?
Non. Bascom compare les deux systèmes point par point : dans Ifá, les devins sont des babalawo et doivent être des hommes, ils utilisent seize noix de palme ou la chaîne et travaillent avec 256 figures ; dans la divination par seize cauris, les devins peuvent être des hommes ou des femmes, ils jettent les cauris au sol et travaillent avec 17 figures (Bascom, Sixteen Cowries, p. 21). Il y a des ressemblances : dans les deux, les figures s'appellent Odu, les deux sortes de devins connaissent aussi les feuilles, et les versets appris par cœur sont le cœur du système (pp. 21–22). À Bahia, Bastide rapporte que seul le babalaô (sa graphie) avait le droit de toucher l'opelê et les noix de palme, ce qui ne valait pas pour les cauris (Bastide, O Candomblé da Bahia, p. 141). Nous entrons dans le détail dans Opele, Ikin et cauris.
Les instruments
5. Avec quoi travaille le babalawo ?
Avec deux instruments de lecture : les ikin, seize noix de palme, et l'opele, la chaîne à huit demi-coques de graine (Bascom, p. 3). Les figures obtenues avec les ikin sont tracées sur un plateau de bois ; sur son bord se trouve au moins un visage stylisé, identifié comme Eshu, le messager d'Ifá (p. 34). On répand sur le plateau une poudre, l'iyerosun, qui à Ife est la sciure que les termites laissent dans un bois appelé irosun (p. 35).
6. Ikin ou opele : lequel compte le plus ?
Les deux mènent aux mêmes figures et aux mêmes versets. Bascom rapporte que la chaîne « parle davantage » et qu'elle est la plus employée, parce qu'elle est plus rapide et répond à plus de questions ; elle est pourtant tenue pour un instrument inférieur, moins fiable pour les questions importantes, et appelée la servante d'Ifá (p. 29).
7. Comment arrive-t-on à un Odu ?
Avec les ikin, le babalawo tient les seize noix et tente de les saisir de la main droite : s'il en reste deux dans la gauche, il trace un trait simple ; s'il en reste une, il trace un trait double. Quatre tracés donnent l'une des seize figures de base ; huit donnent l'une des 256 (Bascom, p. 3). Avec l'opele, un seul lancer suffit : chaque demi-coque tombe face concave ou face convexe vers le haut, et les huit ensemble forment la figure entière (p. 3).
8. Combien y a-t-il d'Odus ?
Deux cent cinquante-six. Abímbọ́lá rapporte la division : seize majeurs et 240 mineurs, les majeurs étant tenus pour bien plus anciens, selon un ordre de préséance qui commence par Eji Ogbe ; il note que la liste est acceptée par la plupart des prêtres, avec des variantes locales (Abímbọ́lá, Sixteen Great Poems of Ifá, p. 29). Sur ce site, les 240 s'appellent Omoluos. Les seize figurent sur la carte des 16 Odu Meji.
Comment se déroule la consultation
9. L'Odu qui sort, est-ce le hasard ?
Pour la statistique, chaque figure a une chance sur 256 avec une bonne chaîne. Pour les devins, il n'y a pas de hasard : c'est Ifá qui gouverne la chute des graines, et toute interférence, de l'instrument ou de la main, brouille le message qu'il veut transmettre (Bascom, p. 30).
10. Dois-je raconter mon problème au babalawo ?
À Ife, l'usage que rapporte Bascom est l'inverse. Le consultant murmure sa question à la pièce de monnaie qu'il va remettre, en se couvrant la bouche, et le babalawo touche la pièce avec la chaîne et demande à Ifá s'il a entendu (p. 68). Les informateurs d'Ife ont dit qu'il serait mal que le devin connaisse le problème, car il serait tenté de mentir pour plaire (p. 68). L'Araba d'Igana a ajouté qu'une fois le verset choisi, le devin peut s'appuyer sur ce qu'il sait de la vie du client pour le conseiller, mais que le client ne doit pas dire pourquoi il est venu (p. 69).
11. Comment la réponse apparaît-elle ?
Bascom décrit trois étapes : la figure, le verset et le sacrifice (p. 68). Le babalawo récite les versets qu'il a appris par cœur pour l'Odu sorti, et le consultant écoute jusqu'à en entendre un qui parle de son cas. Selon Bascom, c'est le consultant lui-même qui choisit le verset (p. 69). Il rapporte aussi le désaccord : trois auteurs yoruba, J. Johnson, S. Johnson et Lucas, disent que c'est le devin qui choisit (p. 69).
12. Combien de versets un babalawo connaît-il ?
Beaucoup, et jamais assez. Abímbọ́lá écrit que chaque Odu compte des centaines de poèmes qui lui sont associés (p. 30). À Ife, Bascom a entendu qu'il faut connaître au moins quatre versets par figure, plus de mille en tout, avant de travailler seul ; à Igana, deux suffisaient ; à Meko, un. L'Araba d'Igana a dit en connaître environ quatre pour chaque figure et quatre-vingts pour Eji Ogbe. Et l'étude ne s'arrête pas : le devin apprend jusqu'à sa mort (Bascom, p. 71).
13. Ifá dit-il l'avenir ?
Bascom met en garde ceux qui attendent d'Ifá le nom du vainqueur d'une élection ou d'une course : on peut poser la question, dit-il, mais ce n'est pas le genre de question à laquelle Ifá répond. Les questions d'Ifá sont du type « lequel de ces candidats est le meilleur pour tous » ou « quel sacrifice faut-il pour la meilleure issue » (p. 69). Et il note que, comme pour d'autres systèmes et même pour la médecine, le consultant peut rarement décider si la prédiction était juste (pp. 69–70).
Ẹbọ, prix et confiance
14. Qu'est-ce que l'ẹbọ ?
C'est le sacrifice que le verset indique. Bascom rapporte que les versets prescrivent le sacrifice et qu'il peut être modifié (p. 68). Un devin lui en a expliqué la logique : si ce qui est annoncé est mauvais, l'ebo se fait pour que cela arrive plus légèrement ; si c'est bon, pour que cela arrive plus grand et plus vite (p. 70). Nous expliquons l'idée, sans recette, dans Ebo : ce que sont les offrandes.
15. Peut-on marchander ?
Pas à l'initiative du consultant. Bascom rapporte le dicton selon lequel on ne marchande pas avec Ifá comme au marché : celui qui propose de modifier le sacrifice est le devin, et la modification passe par l'approbation d'Ifá (p. 76). Les devins admettent tenir compte de la richesse du client, mais on attend d'eux qu'ils restent raisonnables ; les clients racontent qu'à une personne pauvre on peut demander un cheveu au lieu d'un cheval, ou une plume au lieu d'une poule (p. 76).
16. Existe-t-il des babalawos malhonnêtes ?
Clients et devins le croient, et c'est pourquoi on cache la question (p. 76). Falsifier le message d'Ifá est tenu pour strictement contraire à l'éthique (p. 77). Bascom dit pourtant que, d'après son expérience, la plupart des babalawos sont honnêtes et travaillent de bonne foi, dans un système auquel ils croient eux-mêmes et selon lequel ils règlent leur propre vie (p. 79).
17. Une femme peut-elle être babalawo ?
Dans les ouvrages que nous utilisons, non. Bascom rapporte que seuls les hommes deviennent babalawo, et que les femmes qui honorent Ifá peuvent être chargées de garder les noix de leur père (p. 81). Dans la divination par les cauris, au contraire, les devins peuvent être des hommes ou des femmes (Bascom, Sixteen Cowries, p. 21). Sur le titre des femmes initiées à Ifá lui-même, nous n'avons pas de source, et nous ne comblerons pas ce vide par des suppositions.
Ifá et le lecteur
18. Ifá existe-t-il hors du Nigeria ?
Oui. Bascom rapporte la divination d'Ifá chez les Yoruba et les Edo de Benin, au Nigeria, chez les Fon du Dahomey, qui l'appellent Fa, chez les Ewe du Togo et, sous le nom d'Ifá, chez des descendants de Yoruba réduits en esclavage à Cuba et au Brésil (p. 3). Dans la Bahia qu'a étudiée Bastide, le babalaô travaillait encore avec l'opelê (Bastide, p. 141).
19. Comment savoir quel est mon Odu ?
Verger rapporte qu'à la naissance d'un enfant, les parents demandent au babalawo d'indiquer auquel des 256 Odus il est lié (Verger, Orixás, p. 56) ; et Bascom, à partir du récit d'un prêtre qu'il a interrogé, conclut que ceux qui ne sont ni musulmans ni chrétiens emmènent leurs enfants chez un devin d'Ifá pour connaître leur destin à la naissance (Bascom, Sixteen Cowries, p. 21). C'est l'office du babalawo, et de lui seul. Ce site ne dit pas et ne dira à personne quel est son Odu. Nous expliquons pourquoi dans L'Odu de naissance.
20. Et l'outil de ce site, est-ce une consultation ?
Non. Il utilise l'intelligence artificielle pour étudier et contempler le corpus des 256 Odus ; une IA ne possède pas l'ase et ne remplace pas le jeu sacré d'Ifá. L'Odu du Jour est le même pour tout le monde et n'a pas été tiré pour vous. Si vous avez besoin d'une orientation, d'un ẹbọ ou d'une véritable consultation, adressez-vous à un babalawo consacré.
Ce que vous venez de lire s'enracine dans les 256 Odus d'Ifá — le corpus que nous étudions verset par verset. Lisez-les comme une contemplation : la véritable divination appartient à la table d'un babalawo consacré.
Sources consultées
- Ifa Divination — William Bascom, pp. 3, 29–30, 34–35, 68–71, 76–77, 79, 81
- Sixteen Cowries — William Bascom, pp. 21–22
- Sixteen Great Poems of Ifá — Wándé Abímbọ́lá, pp. 29–30
- Orixás — Pierre Verger, p. 56 du fichier numérique
- O Candomblé da Bahia — Roger Bastide, p. 141
Qui écrit
- Pablo de Lima (Awofakan)
- Thaiana de Lima (Ikofá)
Un couple initié à Ifá dans la lignée cubaine — Regla de Ocha / Ifá.
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